Ces étudiants africains de France qui parlent de leurs conditions d'études
N’GNINGUE Josephine
Etudiante-Paris8 Saint Denis
Ecoutez, moi j'aime beaucoup les études à Paris8. On n'a pas les mêmes contraintes que dans les autres universités, dans la mesure où les profs sont proches de nous. On peut franchement discuter avec eux et on est bien accueillis. On n'est pas perdus. On nous laisse choisir notre planning par rapport aux heures du travail. Cela nous permet par exemple d'avoir les cours le matin et travailler le soir. Pour les bourses, c'est un peu difficile parce qu'on ne les reçoit pas tout de suite ; ce qui fait qu'au début de l'année scolaire, on a toujours des problèmes. Les cours débutent en octobre, mais la paie de la bourse commence cinq mois plus tard c'est-à-dire en février. Et c'est ce que les responsables qui ont la compétence en la matière doivent améliorer.

GAVRILA Karim
Etudiant-Biochimie
Université Paris7 Jussieu
Ici à Jussieu il faut s'y faire. Dès que tu rentres dans le bain ça va. C'est l'ambiance du travail qui m'est décalé par rapport au Maroc. Les relations avec des profs sont très bonnes. Ils sont à l'écoute et ils sont de qualité ici à Jussieu.
Par contre j'ai appris que les autorités universitaires, essayent d'accepter moins d'étudiants étrangers à Jussieu. C'est mauvais pour eux et pour nous. Ils sont dans la mauvaise direction et qu'ils essaient de revoir leur position.

SYLLA Souïbou
Etudiant - Infocom
Université Paris8
Il manque beaucoup de choses au niveau des études. Parce que nous étudiants étrangers arrivons ici sans bourse, sans logement et avec une condition de vie défavorable. Ce qui fait que nous sommes confrontés aux problèmes de logement, d'argent entre autres. Nous sommes obligés de travailler 18h par semaine et avec ces 18h, nous ne pouvons pas payer les études, encore moins nous concentrer sur les études. Nous avons alors des difficultés de suivre le rythme des cours. Je profite de votre site pour demander à tous les Etats africains d’encourager leurs étudiants à revenir au pays après les études. Il faut que l'octroi du visa s'accompagne des garanties au retour. Le retour des " cerveaux " en Afrique est important pour aider à développer le capital culturel, le capital humain. En un mot que nous allions mettre au service de nos pays ce que nous avions appris ici. Et par rapport à cela, le gouvernement français doit s'y employer.
L'enseignement des profs est satisfaisant. Par contre avec d'autres ça tourne mal. Ils ont des visions tiers-mondistes des étudiants africains. Pour eux, nous venons d'Afrique et ça signifie qu'il y a des choses que nous ne comprenons pas. Je me rappelle que pendant un cours de Communication internationale, le prof disait que les africains étaient arriérés de la communication. Et moi j'ai trouvé ça franchement déplacé et trop osé.

MANGASSI Issa
Etudiant-Biochimie
Paris 7 Jussieu
Moi ce sont mes parents qui me prennent en charge financièrement. Je n'ai pas le choix puisque je n’ai pas du boulot. Je recherche désespérément. Je suis hébergé chez les cousins, ce qui fait que je n'ai pas assez de temps pour réviser. Quand ils vont au lit, je dois suivre aussi. C'est la règle. Je ne suis pas trop libre. Je demande aux pouvoirs publics de ce pays de penser à construire d'autres cités universitaires.

Abderrahamane Elmarhfourlah
Etudiant- Lettres Modernes Université Paris8
Pour nous étudiants étrangers, c'est un peu difficile, parce qu'il faut travailler et faire en même temps ses études; on n'a pas les moyens. Il n'y a pas de bourses. Je n'ai pas fait la demande parce que apparemment je ne l'aurai pas. Donc ça ne sert à rien de se fatiguer. Au niveau de logement, on se débrouille comme on peut. C'est soi-même qui fait des démarches. Tu cherches et tu contactes les gens. Au final, il faut être pistonné sinon vous dormirez dans la rue. Ils nous donnent le visa pour venir étudier ici, et ne pensent plus à nous. Il faut qu'ils pensent à nous, ne ce reste que pour le logement. Les cités existent sur papier mais la réalité est autre. A la fac, les profs essaient de nous aider. Il n'y a pas de distance, ni de barrières entre étudiants et profs.

NGOUA Ulrich
Etudiant Département de philosophie.
Sorbonne Paris 4
Moi, je suis en philosophie, en 3eme cycle. Par rapport aux conditions de travail, la Sorbonne est une très bonne université. Elle est souvent critiquée pour son conservatisme.
Mais il y a toujours des a priori. J'ai eu un cas l'année dernière où il y a une personne qui m'a gentiment fait comprendre que si je n'étais pas content des conditions du travail à la Sorbonne, je n'avais qu'à être ailleurs, ça c'est au travers d'une discussion. Non, je ne pense pas que la Sorbonne soit véritablement représentative d'une stigmatisation des rapports discriminants qu'il peut y avoir dans une faculté. Moi je parle pour moi. Des a priori, c'est évident. C'est-à-dire quand vous êtes un étudiant brillant, il y a une sorte d'étonnement. On se dit ha, tient ! Est-ce vous avez été toujours scolarisé en France ? Donc la discrimination dans mon sens, elle se joue au travers de petites situations comme ça. Mais il n'y a pas d'affront direct montrant à l'étudiant africain, qu'il n'est pas chez lui à Paris 4.
Pour la bourse, je n'ai jamais véritablement fait la démarche, j'ai toujours été coupé dans mon élan, c'est-à-dire à chaque fois que j'en discute avec des amis ou même avec l'enseignant, j'ai toujours cru comprendre que c'était réservé aux nationaux.
Dur dur …de bosser et étudier à la fois. Rencontre avec des étudiants africains.

Benjamin YABA
Il est très difficile de préparer les examens de fin d'année, surtout quand on est étudiant étranger. Déjà, on ne bénéficie pas de bourse. La solution de rechange est d'avoir un job. Le plus souvent ce sont des jobs qui commencent à la fin des cours, c'est-à-dire de 18h30 à 22h30. Ce sont des jobs épuisant parce que ça concerne la restauration, la manutention. Ce qui fait qu'on rentre fatigué. Et c'est la révision des cours qui en pâtit. Mais on s'y atèle bien qu'il y ait beaucoup de matières avec les travaux pratiques. Il faut tout combiner et chercher à vivre. Ceux qui manquent de ressources vivent chez les copains, révisent dans les escaliers. Notre situation est très précaire et empêche une meilleure scolarité comme nous le désirons. Les autorités de ce pays doivent simplifier notre intégration dans la société et ne pas nous considérer simplement comme les étudiants mais comme des personnes à part entière. Comme vous le savez, trouver un boulot n'est pas une mince affaire. Mais quand nous l'avons, nous perdons beaucoup de temps à aller chercher l'autorisation du travail. Ainsi nous ratons beaucoup de cours et de travaux pratiques. Ce qui entraîne notre exclusion aux examens. Il faut donc avoir un système plus flexible.

Aimé Baloki Banzouzi
La première difficulté est liée aux préparatifs des examens écrits et oraux se déroulant au même moment. En Afrique, ça ne se passe pas exactement comme ça. La seconde, c'est quand on arrive en France, on rencontre des difficultés financières et sociales. Ce qui fait que nous suivons deux lièvres à la fois. On va travailler pour avoir de quoi payer son loyer, financer ses études. Ajouté à ça, le travail intellectuel s'avère difficile. On est déstabilisés et les résultas escomptés ne sont jamais au rendez-vous. Au final, c'est l'échec. L'appel que je lance aux autorités françaises est de créer les structures d'accueil à écouter, à orienter les étudiants étrangers car lorsqu'ils arrivent en France tout au moins la première année, ils sont complètement déboussolés, dépaysés. Ces structures peuvent aider à freiner les échecs scolaires. Après mes études, je compte repartir au pays, parce que je pense au développement de l'Afrique. Cela ne peut pas se faire sans nous.
Pompée Huguette
Je n'ai vraiment pas commencé à me préparer. Je me concentre plutôt sur les matières fondamentales, c'est-à-dire les plus importantes. En ce qui concerne les petites matières, ce serait au fur et à mesure. Avec l'habitude, on commence par connaître le système. Donc je ne suis pas particulièrement stressée. La difficulté, c'est qu'il n'y a personne pour vous encadrer. Donc c'est à vous d'aller chercher à droite et à gauche pour vous en sortir. Avant, je travaillais et cela ne me laissait pas assez de temps pour me consacrer aux études. C'est beaucoup de stress. Cette année, j'ai pris ma décision de ne pas travailler à côté pour pouvoir me concentrer pleinement aux études et avoir mon diplôme.
A la rencontre des étudiants français
Comment se passe la cohabitation entre étudiants français et étrangers?
Maxim
La cohabitation avec les étudiants africains se passe sans brouille. Il n'y a pas de différence. On les considère ici comme les étudiants à part entière. On ne dit pas que cet étudiant vient d'Afrique ou d'ailleurs.

Ludivine
Je trouve bien qu'il y ait une diversité de culture dans la fac. J'ai des amis africains qui sont dans mon TD. J'apprécie tout le monde. Je n'ai pas de préjugés par rapport aux nationalités, aux cultures. Au contraire, je trouve également que nous apprenons grâce à cette diversité. Cela m'aide à relativiser les choses. J'apprends une culture que je ne connais pas. Je discute avec eux car parfois ils ont toute une autre vision de la vie qui n'a rien à avoir avec notre vie parisienne.

Julien
Moi, je ne fais pas de différence. Je m'en fous. Ils bossent comme nous. Je sais qu'il y a du souci avec Nanterre à cause de l'intégration, à cause des étudiants sans papiers.

Maryam
Je vois les étudiants africains de la même manière que tous les autres y compris les français. Chez moi pas de soucis et vive la diversité. Je suis en psycho et là nous étudions que le modèle occidental; rien sur l'Afrique. Donc la présence des étudiants africains ici nous fait voir un autre modèle. La politique de l'établissement reste forcement à désirer dans la mesure où quand on est étudiant étranger, on est beaucoup moins facilement acceptés qu'un étudiant français à diplôme égal et intelligence égale. C'est anormal et c'est une sorte d'hypocrisie.