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CULTURE

Négrologie, pourquoi l'Afrique meurt
Stephen Smith, journaliste au Monde sur la sellette
Journaliste et responsable du département Afrique au journal Le Monde, le plus grand quotidien français, Stephen Smith a publié aux éditions Calmann-Lévy en 2003, Négrologie pourquoi l'Afrique meurt, suscitant beaucoup de réactions. Roland Colin, auteur de Kénèdougou, au crépuscule de l'Afrique coloniale, Mémoires des années cinquante, qui connaît bien l'Afrique pour y avoir séjourné des années durant, monte au créneau et contredit Stephen Smith.

Cette accumulation de dossiers noirs par Stephen Smith, dit Roland Colin, ne fait pas suffisamment apparaître tout des peuples concernés. Car il y a des gens qui se battent pour leur humanité, pour leur existence. C'est-à-dire qu'il y a une richesse en particulier sociale et culturelle, qui est tout à fait profonde et évidente dont on a besoin. Le second reproche, pour Roland Colin, auteur de Kénèdougou, au crépuscule de l'Afrique coloniale, Mémoires des années cinquante, vient aussi du fait que le témoignage de Smith, dans la description des phénomènes, n'est qu'une partie des choses. " C'est très difficile de faire un survol de ce type pour rendre compte de ce phénomène extrêmement complexe ". Enfin, en terme de remarques ou de critiques, Roland Colin pense que le fait de dire qu'il est utile ou nécessaire que la vocation à l'identité africaine se fasse, c'est que Stephen Smith fait le jeu du marché international ou de la Banque mondiale. Cette idéologie ultra libéral qui tend à uniformiser les modèles humains, en les faisant ainsi perdre beaucoup de leur substance humaine, non seulement en Afrique mais aussi dans beaucoup d'autres régions du monde. Réagissant aux forums du journal Le Monde, un internaute réagit en ces termes : " Prétendre décrire toute l'Afrique noire, lorsqu'en filigrane on sait que l'analyse ne concerne qu'une dizaine de pays, pour justifier un révisionnisme rampant par rapport à l'esclavage colonialisme et à la négritude, paraît une entreprise intellectuellement peu convaincante " et un autre internaute d'enfoncer le clou : " Les accusations que ce livre a pu provoquer me paraisse peu pertinentes. Il soulève des questions de fond. Ma question est plutôt comment un journaliste qui parcourt l'Afrique depuis toutes ces années peut sembler se contenter de lister des guerres et des atrocités, des détournements et de mauvais résultats économiques comme seule vision objective de l'Afrique ". Ce livre prête ainsi à de grandes confusions dans la mesure où il apporte des dossiers qui sont un peu accablants sur les malheurs ou des difficultés de l'Afrique. Là où on peut encore mettre un bémol à l’analyse faite par Stephen Smith, c'est que l'oubli des racines, l'oubli de la personnalité ou de l'identité africaine, n'est pas une façon de sortir de la crise. Tout ce qui est fondamental est que l'Afrique reprenne sa place dans le concert mondial comme véritablement en mesure d'apporter le concourt de sa personnalité, de son originalité. ‘’Il y a un autre versant du monde africain qui n'est pas du tout évoqué dans la Négrologie de Stephen Smith, c'est la prise d'initiatives de beaucoup de communautés africaines de base qui sont vivantes, qui luttent et qui ont des messages humains avec des vocations d'enrichir l'Humanité d'aujourd'hui’’, martèle Roland Colin.
Modesto AYIBATIN

Et si les francophones parlaient français

La place du français dans les organisations internationales fait périodiquement l'objet d'analyses et suscite une inquiétude justifiée. Un chapitre très complet lui est consacré dans le remarquable rapport sur la Francophonie dans le monde que vient de publier l'Organisation internationale de la Francophonie1 (OIF).

Un rapport étonnamment optimiste présenté récemment au Parlement français sur la situation dans les organisations internationales indique qu'en dépit du poids prépondérant de l'anglais, la cause du plurilinguisme, et notamment du français, progresse à New York, en particulier dans les domaines du recrutement et de l'information. Cette évolution positive serait due à l'action conjointe de la représentation permanente de la France, du groupe des ambassadeurs francophones et du coordonnateur pour les questions linguistiques désigné au sein du secrétariat de l'ONU.Mis à part cette note d'optimisme, le rapport français n'en ajoute pas moins que le secrétariat de l'ONU à New York fonctionne anglais, qui est en réalité la seule véritable langue de travail de l'administration onusienne. Il est également précisé que de nombreux cadres supérieurs n'ont aucune notion de français et que nombre de fonctionnaires internationaux francophones prennent la parole en anglais, même en cours de réunion avec interprétation… S'il faut déplorer une telle attitude de la part de fonctionnaires internationaux francophones, plus soucieux sans doute de se faire bien voir de leurs supérieurs hiérarchiques anglophones que de défendre la langue qu'ils ont en partage, que dire des représentants officiels des gouvernements de pays francophones ? Le rapport observe que toutes les délégations francophones ne s'expriment pas exclusivement en français mais que les diplomates belges et suisses parlent souvent anglais. Quant aux ambassadeurs et délégués des autres pays membres de l'Organisation internationale de la Francophonie, à part les Africains, ils sont loin de tous s'exprimer en français dans les conférences internationales, et nombre d'entre eux, en particulier ceux des pays de la prétendue " Nouvelle Europe ", n'ont apparemment aucun scrupule à s'exprimer publiquement en anglo-américain même quand ils maîtrisent le français… L'utilisation du français ne serait-elle pas pourtant la moindre des choses que l'on puisse attendre d'eux, sauf à penser que leurs pays n'ont demandé à devenir membre de l'OIF que pour en tirer quelque avantage économique, mais qu'en réalité ils se moquent éperdument de la défense du plurilinguisme en général et du français en particulier ? Philippe Stroot (Alouette)
(1) La Francophonie dans le monde 2002-2003, Larousse.

Hasard, nécessité, ou autre chose ?

Comment expliquer cette tendance à la domination exclusive d'une seule langue, et pas seulement dans les organisations internationales ? Comment se fait-il que l'anglo-américain s'insinue dans la vie quotidienne des habitants de la plupart des pays du monde, y compris francophone ? D'aucuns invoquent une tendance naturelle à recourir à une langue internationale " de communication ", qui serait " plus facile ", plus " à la mode " et qui plairait aux " jeunes "… Comment croire cependant à ces explications lénifiantes au vu de la guerre économique impitoyable qui se livre sur le plan mondial pour conquérir des marchés, sans parler de l'hostilité que suscite outre-Atlantique l'exception culturelle au nom de laquelle une grande partie de l'Europe non anglophone tente de préserver ses productions artistiques ? Il est certain que d'un point de vue strictement commercial, l'idéal serait une planète dont la population tout entière ne parlerait que la langue de Hollywood-Disneyland. Comme ce n'est pas encore le cas, au moins faut-il faire en sorte que tout le monde comprenne peu ou prou l'anglo-américain et soit imbibé des valeurs, mentalités et conceptions qu'il véhicule… Ceux qui douteraient encore qu'il s'agisse d'une entreprise délibérée n'ont qu'à se reporter au récent conflit qui a opposé la France et la Commission européenne sur la question de l'étiquetage des denrées alimentaires. En 1994, une loi française avait rendu obligatoire la présence du français dans la description et la présentation des services vendus en France. Or, dans son arrêt du 12 septembre 2002, la Cour européenne de justice " s'oppose à ce qu'une réglementation nationale impose l'utilisation d'une langue déterminée pour l'étiquetage des denrées alimentaires sans retenir la possibilité qu'une autre langue facilement comprise par les acheteurs soit utilisée (…) ". Tout est dans le " facilement comprise "… D'où l'importance de faire en sorte par tous les moyens que " l'autre langue " en question devienne " facilement comprise " partout. Alouette

Ki-Zerbo le Rebelle
La remise du Prix " Rfi Témoin du monde " à l'historien Joseph Ki- Zerbo, a été l'occasion pour une dizaine d'intellectuels africain et européen de faire le point sur l'apport historique de l'homme dans la connaissance et la reconnaissance de l'Afrique. Auteur de l'ouvrage A quand l'Afrique1 ? Un entretien avec René Holenstein, docteur en histoire et spécialiste des questions de développement, longtemps en poste à Ouagadougou, au Burkina Faso, Joseph Ki-Zerbo s'est vu décerné le prix Rfi pour cette œuvre bilan qui aborde le positionnement du continent africain face au défi de la mondialisation. " Joseph Ki -Zerbo est véritablement le fils de son temps " a commenté Pierre Kipré, professeur d'histoire à l'Université d'Abidjan, en Côte d'Ivoire. Pour lui, non seulement l'universitaire Burkinabé a participé à la libération du continent par le biais de l'Histoire, mais il continue encore ce combat en prenant position au sujet de la place de l'Afrique face au défi de la mondialisation. Cette participation militante à la libération de l'Afrique, Elikia M'Bokolo, directeur d'études à l'EHSS, l'a résumé. Joseph Ki-Zerbo a réinterprété l'histoire africaine, par l'utilisation de toutes les sources y compris orales, contrairement à ceux qui prétendaient écrire une histoire de l'Afrique en niant cette histoire; puis cette réinterprétation s'est accompagnée d'une production de l'histoire dans ce qu'elle a d'objectif sur le plan économique et social, a ajouté Elikia M'Bokolo. Il a surtout souligné la position de Ki-Zerbo à l'époque des luttes de libération. Si Cheik Anta Diop s'est situé lui dans le cadre d'une affirmation de la culture africaine, Joseph Ki -Zerbo s'est positionné dans une perspective militante car pour lui, l'urgence se situait sur les voies et moyens de sortir du joug de la colonisation, par le biais de son travail d'historien. " C'est un déviationniste, un non conformiste, un rebelle, celui qui secouait sans cesse le cocotier ", a ajouté Noureini Tidjani Serpos, le sous-directeur général de l'Unesco pour l'Afrique, en témoignage de sa collaboration avec cet homme qui a dirigé deux volumes de la monumentale Histoire générale de l'Afrique, un travail publié sous les auspices de l'Unesco. Mais face au défi de la Mondialisation, " la libération de l'Afrique sera panafricaine ou ne sera pas ", a tenu à rappeler Joseph Mayila, de l'Institut de géopolitique de Nancy, relayant un avertissement de Ki-Zerbo contenu dans A quand l'Afrique ? Romuald Fonkoua de l'Université de Cergy-Pontoise estime pour sa part que le problème est en nous-même, et que c'est pour trouver du sens à cette mondialisation plus subie que vécue que " beaucoup de jeunes prennent le large ". Face à ce " clonage culturel " qu'est la mondialisation, Ki-Zerbo de sa voix chevrotante, a ajouté que les Africains ne doivent pas " dormir sur la natte des autres, car cela équivaudrait à se coucher par terre ", fustigeant au passage des afronégationnistes comme Stephen Smith du Monde. " L'Afrique en a vu bien d'autres et s'en est sortie, il y a donc de l'espoir ", a souligné Ki-Zerbo, mettant l'accent sur la vision globale et stratégique dont l'Afrique doit se doter pour son développement. br>Adam Obatoki
(1) A quand l'Afrique ?, Entretien avec René Holenstein, Edition de l'Aube
 










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