Nouveau créneau porteur d’emplois en France
Il y a assez de chômeurs en France, alors que paradoxalement on note plus de 300.000 postes non pourvus, faute de candidats. Les sénateurs français se sont réunis il y a quelques mois avec 216 apprentis invités pour la circonstance. Objectif, donner aux jeunes un autre regard sur l'apprentissage. Cette rencontre, placée sous le haut patronage de Christian Poncelet, président du Sénat, a cherché également à convaincre les parents et l'Education nationale que l'apprentissage est une voie diplômante. Le constat est que l'apprentissage intéresse de moins en moins les français. Ils estiment que c'est un métier de seconde chance, un garage réservé à ceux qui ont connu un échec scolaire. Chaque parent rêve pour son enfant d'un emploi salarié dans la fonction publique ou dans une grande entreprise. Les jeunes n'ont qu'une idée vague des métiers de l'apprentissage : tâche ardue, pénible, beaucoup de travail, mal payé, insécurité. En invitant les régions et le ministère de l'Education (grand absent de la rencontre), les sénateurs veulent faire sauter ce fusible caricatural, en donnant une impulsion nouvelle aux métiers pour permettre aux jeunes de trouver un emploi. Cette rencontre sénatoriale avait permis, pour la première fois, d'écouter le point de vue des apprentis, en vue de diffuser une meilleure approche des spécificités et du rôle de l'apprentissage pour les artisans, faire des propositions concrètes pour répondre à cette actualité économique, sociale et culturelle qui propulse l'apprentissage au cœur des débats de la société française.
Le constat fait par les Chambres de métiers est que le renouvellement et le développement du secteur de l'Artisanat, par exemple, dans les années à venir seront altérés par l'affaissement de la pyramide des âges qui renforcera la pénurie de main-d'œuvre déjà vécue par les entreprises artisanales dans tous les métiers et tous les champs de compétence. Il y a donc urgence. Les entreprises dont l'activité repose essentiellement sur le savoir-faire ne trouvent pas de main d'œuvre alors qu'il y a de nombreuses personnes qui sont exclues du marché du travail.
Modesto AYIBATIN
Appréciations de spécialistes
CYRIL MENNEGUN, Réalisateur de documentaire sur l'apprentissage.
" Il y a beaucoup d'emplois à prendre en France "
Moi je pense que oui parce qu'il y a une différence culturelle entre un jeune français et un jeune africain. Le jeune français veut " tout ". Il veut un travail avec un gros salaire, mais il n'a pas la notion de se dire qu'il faut commencer petit et devenir grand.
Alors que, j'ai l’impression que les personnes qui viennent de pays étrangers, ont davantage cette notion-là. Parce que pour elles la vie est plus dure tout simplement. Alors qu'ici, il y a peut - être chez les jeunes trop de confort, trop de choses sont données tout de suite. Et peut - être qu'ils ont perdu la conscience de se dire, moi je veux apprendre quelque chose et petit à petit grandir. Les gens qui viennent d'étranger ont cette capacité-là, et en plus ils sont travailleurs et qu'ils ont une vraie envie. Moi je pense sincèrement qu'il y a beaucoup d'emplois à prendre en France parce que ce sont des métiers qui ne sont pas pris par des français. Tout simplement parce que cela ne leur intéresse pas. Pas assez bien payé. Ça sali les mains. Donc il faut être honnête et il faut le dire. Mais ce n'est pas vrai pour tout le monde ce que je dis. Il y a un côté caricatural mais quelque part il y a quand même une vérité.

TOM SCHULLER, Chef du Centre éducation recherche innovation Paris
"La France souffre d'un manque de liaison"
Il est vrai que la France s'est lancée sur plusieurs fronts pour le développement des métiers de l'apprentissage comme la plupart des pays européens, mais il est clair que du point de vue liaison entre enseignants et employeurs, cela reste au dessous de la moyenne. Je pense donc sans doute qu'il y a, un problème de liaison entre l'école dans le système public et le monde du travail. C'est ce que je disais et c'est d'après les données qu'on a sous la main. La France est très forte par exemple sur la collaboration entre enseignants au sein de l'école. Mais du point de vue orientation, il y a peut-être un problème, et il faut penser à un autre moyen pour arriver à une bonne orientation des enseignants.
En Grande Bretagne, l'expérience en général pour les apprentis, il y avait un grand problème pour le système de qualification. Ce qui a conduit le gouvernement actuel a fait un grand effort pour simplifier la structure des diplômes pour qu'elle soit plus transparente, plus simple pour l'étudiant de savoir où il pourrait aller. Et aussi pour l'employeur de savoir ce que signifie chaque diplôme
Recueillis par Modesto AYIBATIN
Note :
Le Sénat français est composé de 321 sénateurs, élus pour 6 ans. Il a pour mission de participer à l'élaboration de la loi, contrôler l'action du gouvernement et représenter les Collectivités locales. C'est la seule institution parlementaire qui envoie ses sénateurs faire des stages de 3 à 4 jours pour permettre de connaître les difficultés des entreprises françaises en vue de mieux légiférer.