Intégration des professionnels dans les médias
Réflexions pour faire sauter les verrous
Le groupe associatif Africagora a initié dernièrement une rencontre des professionnels des médias issus de l'immigration, afin de réfléchir sur les voies et moyens devant permettre à ceux-ci d'être mieux représentés dans les médias.
Cecile H. est noire. Une belle femme noire. Elle a fait une école de journalisme à Paris, d'où elle en est sortie diplômée. Elle a également fait des stages de perfectionnement du Cfpj, toujours dans la capitale. Bref, un parcours sans fautes. Aujourd'hui, elle est capable d'intervenir sur tous les sujets, à l'instar de ses collègues " blancs ". Mais depuis la dizaine d'années, affirme-t-elle, elle n'a pas a eu la chance d'être recrutée à cause de la couleur de sa peau. Elle multiplie pige sur pige, et son statut reste précaire. Le ton est amer, mais l'engagement de se bouger pour que les choses changent est perceptible. Les cursus comme ceux de Cécile, il y a avait pas mal représentés à la réunion du lundi. Et toujours le sentiment de rejet. La même incompréhension de ne pas être considéré comme un vrai professionnel de la communication parce qu'on est noir. La rencontre initiée par Dogad Dogoui et Africagora s'est donnée comme ambition de fédérer les initiatives, les actions, afin que la présence " des minorités visibles " dans les chaînes publiques, et plus largement au niveau des télévisions, de la radio et de la presse écrite ne soient pas seulement un simple vernis pour se donner bonne conscience. A en croire le président de Africagora, une prise de conscience est peu à peu en train de s'opérer au niveau des responsables des médias français, et les professionnels " issus de l'immigration " doivent y répondre par la preuve que les compétences existent.
Haro sur ces publicités inhumaines…
C'est connu, les médias occidentaux ne s'intéressent à l'Afrique que lorsqu'il y a des catastrophes, des guerres, des disettes, et autres informations plutôt inquiétantes. Face à cet afflux d'images négatives qui donnent une vision lapidaire de l'Afrique, occultant toutes les initiatives positives, on devrait s'attendre à ce que les Ong, du fait même de leur engagement citoyen, offrent une vision plus réaliste de la situation du continent, afin de corriger cet imaginaire occidental persistant qui tend à dénier toute vie possible en Afrique. Mais il n'en n'est rien, du moins, si l'on se base sur les affiches, et parfois les campagnes publicitaires par lesquels nous entrons essentiellement en contact avec ces Ong. La dernière publicité en date qui arborait les murs des métros parisiens concerne une campagne de publicité contre le paludisme en Afrique lancée par Médecin Sans Frontières (Msf). On y voit une Afrique toute gorgée de sang, sur laquelle trône un moustique, son dard plongé dans ce sang rouge vif. L'image est accompagnée d'un message choc, comme c'est souvent le cas. " Voilà une arme de destruction massive qui n'intéresse personne. Le paludisme tue près de 2 millions d'Africains. Ensemble arrêtons cette hécatombe ".... Le message est sans équivoque. Toute l'Afrique est sous la coupe du paludisme. Donnez. Sans vos dons, ce continent disparaîtra. La plupart des annonces des associations humanitaires suivent ce même type de procédés. Enfants squelettiques pleurnichant, les yeux hagards, vieillards rongés par la lèpre... ou alors médecins " blancs " compatissants devant une personne moribonde etc. Une étudiante africaine témoigne. " Quand tu es dans le métro, et que tu vois pareilles images, tu baisses la tête. C'est scandaleux. Pourtant eux les blancs, quand ils font des campagnes contre leurs maladies, ce sont toujours de belles images, des messages tout doux, de belles photos. C'est en cela que tu vois qu'il y a une vraie conspiration contre l'Afrique ".
Les images et les messages ne manquent pas pour souligner l'importance capitale du don. Quant aux Ong, elles se posent comme les incontournables intermédiaires entre ces donateurs et les personnes qui les reçoivent. Ce qui nous intéresse le plus ici concerne avant tout les conséquences de telles campagnes publicitaires dans la société. Elles ont pour effets, conscient ou inconscient, de donner une image rassurante de l'homme " blanc ", de perpétuer dans son imaginaire sa mission qui a servi à justifier la colonisation et la traite négrière - à savoir apporter la vie et la joie où il n' y a que ténèbres et malheurs. Le racisme persistant et auquel les autorités françaises essaient de remédier trouve aussi ses fondements dans ces images dont on bombarde constamment les esprits, car celles-ci placent sur différentes échelles les continents, et par conséquent les races. Au-dessus la blanche. Au-dessous, les autres. Et dans cette échelle de valeur, le continent africain est celui qui est le mal loti. Peut-être parce qu'on a moins peur de l'Afrique du Sud, du Sénégal, de l'Egypte, etc. que de la Chine ou de la Russie. Les autorités qui régulent les affichent publicitaires dans les villes doivent se pencher sur cette question, afin de briser ce fil négationniste qui relie le colonisé et l'immigré dans l'imaginaire français. Les associations humanitaires concernées doivent se ressaisir, car elles donnent plus l'impression de tirer profit des difficultés du continent africain que de vouloir véritablement l'aider, d'être en somme des " industries de la pauvreté ".
Adam OBATOKI
Bon à savoir
La population étrangère à Paris
Selon des chiffres de la Maire de Parie, il existe 306000 étrangers vivant dans la capitale de l'Hexagone, soit 14 % de la population parisienne. 214.200, soit 70% sont d'origines hors Union européenne dont 74.000 maghrébins et 41.000 africains. Il s'agit là bien évidemment des personnes régulièrement enregistrées à la Préfecture de police et qui détiennent un titre de séjour. Selon la Mission intégration de la Ville de Paris, on constate un vieillissement récent et important de certains groupes installés depuis longtemps à Paris, et même une féminisation progressive et une dimension bien plus familiale que ne le laisse entendre la pyramide des âges car les enfants étrangers et parfois leurs conjoints sont, la plupart du temps, de nationalité française. Leur situation face à l'emploi est souvent défavorable que pour les autres parisiens même à diplôme égal car ils accèdent moins souvent à des emplois qualifiés. 25% parmi eux sont au chômage contre 15% de français de naissance.
Modesto AYIBATIN