Malgré les frictions politiques récentes qui tendent de toute façon à se résorber depuis le départ de Jean-Marie Bockel du secrétariat d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, la France et le Gabon entretiennent des relations bilatérales privilégiées. Et ce depuis très longtemps.
Afrik Etudiant a voulu mettre en lumière un aspect peu connu de la collaboration entre les deux pays : celui de la recherche scientifique fondamentale, en particulier dans le domaine de la biologie. Pour ce faire, nous avons fait une interview croisée de deux jeunes chercheurs : un Gabonais qui effectue son doctorat d’immunologie en France (H.F.B.) et une Française qui effectue son doctorat de virologie au Gabon (N.W.).
Afriketudiant: Qu'est-ce qui vous a poussé à faire votre doctorat à l'étranger ?
(N.W.) L'envie d'aller à l'étranger je l'avais déjà depuis longtemps par contre un départ n'était pas du tout prévu avant le post-doc. Coup de chance : le laboratoire pour lequel je postule travaille sur un sujet en or et en plus en Afrique ! Je ne pouvais pas refuser. C'était trop beau. La proposition était plus belle que toutes les inquiétudes.
(H.F.B.) Les universités gabonaises n'étant pas reconnues, une grande partie des bacheliers gabonais effectue sa scolarité à l'étranger. J’ai passé toute ma scolarité universitaire à l'étranger, il était donc logique pour moi de faire ma thèse à l'étranger.
Afriketudiant: L'intégration dans le laboratoire et la vie sociale locale s'est-elle faite facilement ?
(N.W.) S'intégrer dans la vie sociale est plutôt simple. On vit en petite communauté d'expatriés donc il est facile de rencontrer ses voisins et leurs amis. Les jeunes entre 20 et 30 ans se connaissent tous bien et se soutiennent. La population locale est légèrement plus difficile à approcher mais c'est comme partout si tu es agréable, que tu restes simple et que tu ne juges pas les gens, tu finis par te trouver des bons amis sincères. L'intégration dans le laboratoire est un peu différente par rapport à ce que j'ai connu en France. Tu vis avec les gens avec lesquels tu travailles, tu croises tous tes collègues à la piscine et tu tombes sur ton chef en boîte de nuit... C'est étrange comme sensation. A ton arrivée, pour se sentir vraiment accepté, il faut aussi montrer que tu es quelqu'un de terrain. Il y a comme une compétition entre les expatriés. Celui qui est le plus aventurier et qui résiste aux conditions difficiles de vie lors des missions fera partie du groupe.
(H.F.B) Ayant déjà travaillé dans un laboratoire en Angleterre, mon intégration dans le labo s'est faite facilement. Pour tout ce qui est du social, j'ai retrouvé de la famille et des amis du lycée sur Paris, ce qui a bien sûr facilité mon intégration. Le seul inconvénient a été toutes les démarches administratives. J’ai dû remplir tellement de paperasse que je suis devenu allergique à tout ce qui est administratif ! Et je vous passe les détails sur les attentes interminables dans les administrations !
Afriketudiant: De quoi, selon vous, manque la recherche française, la recherche gabonaise ?
(N.W.) Ce qui manque le plus ce n'est pas l'équipement contrairement à ce que l'on pourrait penser. La chose qui fatigue le plus les expatriés je crois c'est la lenteur. Les locaux engagés dans le centre n'ont pas le même rythme que nous et ne se soucient que peu des détails. Je pense par exemple aux commandes du labo. Le temps que ta commande soit envoyée par le service technique il faut bien quelques jours, s'ajoutant à cela l'éloignement qui fait que la fameuse commande tu la reçois des semaines et parfois des mois après pour apprendre qu'elle a été stockée à température ambiante les deux jours après son arrivée au centre en attendant qu'on te prévienne. Il faut autant que possible prévoir la suite. Il n'y a pas de petite manip imprévue de dernière minute ici sauf si tu as la chance d'avoir déjà tout en stock. Nombreux sont les contretemps qui ralentissent ton projet et t'épuisent par la même occasion.
(H.F.B) Malheureusement, de nos jours il est difficile voire impossible de faire de la recherche sans un budget important. Je pense que la recherche au Gabon comme en France manque de moyens financiers. Bien entendu, la recherche gabonaise a beaucoup moins de moyens financiers que la recherche française. Nombreux sont les chercheurs gabonais qui, à cause de l'absence d'équipements opérationnels (certains appareils trop vieux ne fonctionnent plus), sont obligés de venir en France afin de faire avancer leur travaux.
Afriketudiant: Jusqu'ici, qu'est-ce que votre séjour vous a apporté ?Recommanderiez-vous de faire une thèse à l'étranger ou en cotutelle à des étudiants en M2 ?
(N.W.) Cette expérience m'aura apporté énormément de confiance en moi et d'autonomie. J'ai pu m'exercer à de nouvelles techniques et acquérir de l'expérience dans ce domaine qui me faisait rêver. Sur un plan plus personnel, vivre en Afrique (et surtout les missions dans les villages) t'ouvre les yeux par rapport aux conditions de vie de la majorité de la population. Je pense être moins matérialiste qu'avant, moins difficile et surtout, après tout ça, je peux aller partout : je ne suis plus inquiète. Bien sûr que par moments la vie est difficile, la famille et les amis nous manquent. La vie mouvementée de la France nous manque aussi mais les retours sont d'autant plus savourés !
(H.F.B) Je recommanderais à tous les étudiants, pas seulement ceux en M2, d'aller à l'étranger pour faire leurs études, même pour une année universitaire. On apprend énormément en vivant avec des personnes de cultures totalement différentes : ça vous ouvre l'esprit de rencontrer des personnes avec une vision des choses totalement différente de la vôtre. Le seule point noir, s'y on étudie loin de chez soi, c'est que cela est assez compliqué de rentrer régulièrement à la maison. Par exemple, les billets d'avion sont souvent super chers (plus de 1000 euros pour un aller retour pour le Gabon).
Afriketudiant:Quel est le meilleur souvenir que vous garderez de votre séjour ?
(N.W.) Définitivement le travail de terrain. Les missions de prélèvements aux villages. Sillonner les pistes défoncées du Gabon à travers les forêts profondes à la rencontre des villageois, "bouger bouger" avec les enfants et écouter les histoires parfois très durs des vieux papas et des vieilles mamans. Je recommanderais cela à tous ceux qui veulent vivre différemment le temps d'un contrat et découvrir le monde autrement que par des vacances organisées...
(H.F.B) Difficile à dire. Je dirais les fous rires avec les amis aussi bien au labo qu’en dehors.
|