
Une fois n’est pas coutume, AfrikEtudiant a choisi de s’intéresser à un artiste représentatif de la scène reggae / ragga actuelle, Bionik. Son nom d’artiste ne vous dit peut-être pas grand-chose mais vous l’avez certainement déjà entendu sur les titres « Long time » ou « Revolucion 2004 » avec Sergent Garcia, qu’il a d’ailleurs suivi en tournée mondiale. Originaire de Martinique, Steve (de son vrai nom) a fait ses classes sur scène en accompagnant son ami Sergent Garcia depuis 1994. Inconditionnel de l’ambiance des sound systems depuis son enfance, l’artiste a en parallèle multiplié les expériences musicales, élargissant ainsi sa palette à d’autres univers. Il a récemment partagé l’affiche avec la Cubaine Yaite Ramos. Après six années de travail, il sort son premier album solo « Balata » enregistré en Jamaïque au son à la fois roots et cuivré, très chaud. Un premier CD qui a le goût de la maturité pour l’artiste.
AfrikEtudiant: Pourquoi ce nom : Bionik ? et pourquoi « Balata » ?
Steve: Mon prénom, c’est Steve et au bahut, ils m’appelaient « l’homme bionique » en référence à l’Homme qui valait 3 milliards : Steve Austin. J’ai gardé ce surnom pour la musique.
J’ai appelé l’album « Balata » car je viens de là. Le nom de mon village, c’est « Tivoli Morne Laurent » (aussi appelé Balata) sur les hauteurs de Fort de France près des jardins botaniques.
AfrikEtudiant: Sur cet album, il y a des featurings de Sergent Garcia, Yaite Ramos, Lofofora et CKLM (Leïdo) : c’est très éclectique. C’était une envie de ta part d’avoir ces personnes, ces sons différents sur l’album ? Le but est-il créer un métissage entre styles différents ?
Steve: A la base, j’aime le métissage, le mélange. Je n’avais pas envie de faire un album « communautaire » mais plutôt un album ouvert sur le monde que chacun puisse écouter. Ce sont des gens que je connais, que j’apprécie et qui étaient sur la même longueur d’onde que moi.
AfrikEtudiant: Parlons des influences. On a envie de citer Israël Vibration, Toots, Peter Tosh, Bob Marley and the Wailers bien sûr mais aussi Orishas, le Buena Vista Social Club voire Raul Paz.
Steve: C’est juste. Il y a aussi Burning Spear qui m’a beaucoup inspiré. C’est lui qui m’a donné l’envie de me lancer.
AfrikEtudiant: Y a-t-il un message particulier, des valeurs que la musique te permet de faire passer ?
Steve: La paix, l’amour, la tolérance. C’est ce que j’ai voulu mettre dans l’album.
AfrikEtudiant: Tu as des attaches dans plusieurs pays et tu as beaucoup voyagé. Tu chantes en créole, en anglais, en français. Le mélange des langues est-il volontaire, réfléchi ou cela vient-t-il naturellement ?
Steve: Je voulais qu’on retrouve du créole, de l’anglais, de l’espagnol et du français sur mon premier album. Je voulais ce mélange de langues.
AfrikEtudiant: Est-ce que tu vis de ta musique à l’heure actuelle ou est-ce que tu as un job en dehors du monde de la musique ?
Steve: Je pourrais vivre uniquement de ma musique mais j’ai préféré garder mon boulot pour toujours avoir les pieds sur terre. Mes collègues de travail ne savent pas forcément que je suis musicien.
AfrikEtudiant: Que penses-tu du terme « world music » qu’on accole à des artistes aussi différents que Fela Kuti, Rachid Taha, Salif Keita, Toumani Diabaté ou Manu Dibongo ?
Steve: La world music, c’est tout et rien à la fois. Ils ont même mis mes amis Amadou et Mariam dans cette catégorie. C’est une facilité commerciale mais ça n’a pas de sens.
AfrikEtudiant: Quel est ton point de vue sur le nouveau président américain Barack Obama ? Alpha Blondy a déclaré qu’il avait ouvert la voie et surtout brisé les chaînes mentales que les Noirs pouvaient encore avoir, qu’il n’y avait plus d’excuses pour les paresseux ou d’arguments pour les cyniques ? Tout devient possible, y compris pour l’Afrique ?
Steve: C’est ce que j’ai dit à mes enfants : il faut rêver et croire jusqu’au bout à la réalisation de ses rêves. Il faut oser rêver pour avancer, pour pouvoir progresser et se projeter dans l’avenir.
L’élection d’Obama : je suis content. On attendait ça depuis Martin Luther King. Si on avait écouté les cyniques ou les défaitistes, on n’aurait jamais eu Christiane Taubira député en France ou Barack Obama président des Etats-Unis. Ce sont des gens comme Rosa Parks, le pasteur King ou le sénateur Obama qui ont fait évoluer les mentalités et montré que c’était possible. Même si le parcours de libération que la communauté noire a entrepris depuis l’esclavage a été long et dur, cela valait le coup que ces gens se battent pour cette cause-là.
Il y a des choses qui vont changer mais Obama n’est pas Dieu. Il ne pourra pas d’un coup de baguette magique arrêter la faim en Afrique ou les attentats en Afghanistan. Le changement va prendre du temps donc il faut être patient et lui donner sa chance. Si on s’attend à ce que tout change du jour au lendemain, on sera forcément déçus.
Pour écouter des extraits de son premier album solo « Balata », bientôt dans les bacs, vous pouvez aller sur le site MySpace de Bionik.
http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=65771341