France - Afrique:
Ce que nous demandons à la France

L'Afrique est " malade ", voire même " grabataire ". La France doit donc évaluer l'échec patent de sa coopération et faire respecter ses propres lois, pour que les " turpitudes " du continent noir n'échappent plus au contrôle démocratique.
Quarante quatre ans après les indépendances, l'Afrique est malade, grabataire, saignant de tous ses maux, faisant écho à la célèbre formule de René Dumont : " l'Afrique noire est mal partie ". La coopération française a aggravé cette maladie. Le bon docteur français s'est révélé être un mauvais guérisseur. L'opacité des relations franco-africaines a accentué le manque de visibilité de ces zones de non-droit devenues le sanctuaire de pratiques maffieuses, de réseaux et d'actions des sociétés pétrolières. Le pire, c'est qu'il n'y a eu aucune évaluation sérieuse de la coopération française, dont l'échec est patent. Quelques clichés tiennent lieu encore d'analyses politiques : l'échec de l'Afrique est dû essentiellement à l'incapacité de ses dirigeants et aux structures tribales de ses populations. Sans vouloir occulter la responsabilité écrasante des dirigeants, voire même des élites africaines dans la débâcle de leurs pays, la politique française en Afrique a participé à cette descente aux abîmes tout en couvrant d'un vernis de responsabilité les dictateurs sanguinaires. La coopération française a une responsabilité importante dans la genèse des dictatures en Afrique francophone et donc dans le retard du continent. Certaines dictatures ont tenu grâce aux soutiens multiformes de la France. Cette coopération est aujourd'hui obsolète, archaïque, inefficace, inutile, n'a permis aucun développement. Cet espace est devenu le champ clos des réseaux de services secrets, des sociétés privées qui gèrent au quotidien leurs affaires. Les quelques rapports parlementaires sur le sujet ou relatifs à certains États africains épousent les visions étriquées de ces milieux glauques. Un véritable audit de l'action française en Afrique est nécessaire. Dans la foulée des révélations des crimes coloniaux commis en Algérie, il serait salutaire de faire un bilan critique de l'histoire tumultueuse des relations franco-africaines dont les conséquences continuent à ce jour de faire des ravages. La modernisation de la vie politique en France sera incomplète sans la démocratisation de la coopération avec l'Afrique. Comment expliquer aux citoyens français et aux démocrates africains que les hommes politiques français peuvent être mis en examen pour les financements occultes de leur parti, alors que d'anciens dirigeants africains qui ont détourné des millions d'euros, destinés à la lutte contre le sida et la mortalité infantile, sont assurés d'impunité en France. Sans une véritable reconnaissance, l'Afrique qui a bien besoin de cette coopération restera sinistrée. Le facteur extérieur a toujours été important en Afrique, mais ce qui a été acté et reste déterminant, ce n'est ni l'effondrement du Mur de Berlin, ni le fameux discours de La Baule, ce sont les luttes ininterrompues que mènent les patriotes et démocrates africains, au prix d'une immense souffrance en faveur du progrès et de la démocratie de leurs pays. Certaines luttes ont fait tomber des murs comme en Afrique du Sud et au Mali. Une véritable réflexion doit permettre aux Africains d'avoir des repères. Comme disent les sages et les marins : " Il n'y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ".
Les causes de non développement de l'Afrique ne sont pas seulement imputables aux facteurs extérieurs : FMI, Banque mondiale ou colonialisme. Les dirigeants africains ont une responsabilité prépondérante dans le retard de l'Afrique. Les forces démocratiques en Afrique sont appelées à plus de réflexion sur le devenir de leur continent, en remettant à plat tous les éléments, sans tabou, y compris la question des frontières héritées du colonialisme. Commençons par restituer aux mots leur sens. Les termes démocratie, élection, paix n'ont pas la même signification, suivant qu'on est dans certaines régions d'Afrique ou en Europe. Certains États africains ont conduit des responsables français à user de contorsions pour qualifier leurs élections de démocratiques. Le cartésianisme de ces responsables s'arrête aux frontières de l'hexagone. Ces élections devenant dangereuses pour des candidats courageux : En Guinée, Alpha Condé a passé deux ans et demi en prison, pour avoir été candidat à l'élection présidentielle contre le président Lansana Conté.
Moussa Ahmed Idriss, candidat à l'élection présidentielle à Djibouti, en avril 1999, a passé quelques mois en prison avec son fils aîné. Son épouse et sa fille ont été blessées et son fils adoptif abattu par les forces de l'ordre. On peut présenter une litanie de ces cas regrettables. Qualifiées de " juvéniles " par Jean-Pierre Cot et de " mi-maffieuses " par certains spécialistes, les relations franco-africaines doivent être démocratisées.
Ce que nous demandons à la France, à ses dirigeants, à ses citoyens, c'est de faire respecter ses propres lois et d'établir le contrôle citoyen sur sa coopération avec l'Afrique. Car jusqu'à présent, cette zone où se tapissent toutes les turpitudes échappe au contrôle démocratique. Bien sûr, tant que les partenaires africains ne changent pas de politique : des régimes dictatoriaux et prédateurs resteront toujours au pouvoir, tout bêtement parce que cette coopération rencontrera des difficultés liées aux rapports entre la démocratie et la dictature. Penser cette interface entre deux ordres antinomiques n'est certes pas un exercice facile.
M. KADAMY
Avant son décès, Xavier Vershave avait accusé la Françafrique

La Françafrique, un réseau mis sur pied dans les années 60 par le Général De Gaulle par l'intermédiaire de Jacques Foccart, personnage énigmatique mais bien connu du continent africain. Xavier Vershave dénonçait l'implication des français et des africains dans la confiscation de l'indépendance des pays d’Afrique francophone. Aussi, a-t-il mis l'accent sur des hommes politiques d'Afrique francophone assassinés pour mettre fin à un processus de prise en main de leur destin. Ensuite, selon Vershave, la " Françafrique " a plusieurs aspects néfastes pour l'éclosion politique et économique de l'Afrique noire francophone. Par ailleurs, lors d’une conférence-débat, Xavier Vershave a tiré à boulets rouges sur la France serait complice selon lui du génocide rwandais. Il a indiqué que la commission citoyenne française mise sur pied est en mesure d'en apporter les preuves. Selon lui, cette commission a la volonté d'aller plus loin avec le secret espoir de traduire certains responsables français en justice. Les relations de la " Françafrique " ont été développées par Xavier Vershave dans trois ouvrages, " La Françafrique ", " Noir Silence ", et " Au mépris des peuples ".
Ismaël CISSE
A propos de la Libération de la France en 1944
Mme OPOU Eugénie monte au créneau et réclame le droit de devoir aux combattants africains
Près d'un soldat sur deux, était un Africain : les tirailleurs maghrébins et noirs constituaient le gros de l'infanterie en août 1944 pour libérer la ville de Toulon. Nous avons demandé à Mme OPOU Eugénie, présidente de l'association Afrique Autrement, basée à Lyon de nous dire pourquoi la France doit un devoir de mémoire aux anciens combattants Africains. Sa réponse est sans équivoque.
Parce que pendant que la patrie était en péril, la France s'est souvenue que les Africains faisaient partie intégrante des enfants du pays et que pour cette raison, ils avaient le devoir de la défendre au péril de leur vie.

Parce que ces combattants Africains venus des contrées lointaines qui ont combattu aux côtés de leurs homologues comme des frères ont le mérite d'avoir sacrifié leur vie pour défendre la paix et les libertés. (Le livre du Colonel Rives " intitulé héros méconnus" et tant d'autres écrits en leur honneur en disent long).
Parce que leur courage, leur enthousiasme, leur abnégation, leur altruisme, leur peine, leur héroïsme, leur esprit de sacrifice ont contribué à la victoire que nous célébrons aujourd'hui.
Parce que 60 ans après la fin de la seconde guerre, pendant que la patrie honore ce devoir de mémoire, en rendant hommage aux anciens combattants, nous, communauté Africaine avons le devoir d'interpeller et à juste titre la France qui n'a pas le droit de faillir devant ses responsabilités, que les combattants Africains ont écrit une partie de cette mémoire et que la France n'a pas le droit d'essayer de faire oublier cette réalité, mais la regarder en face, méditer et réagir.
Parce que cette mémoire commune nous appartient, nous faisons appel au sens des responsabilités, de la gratitude et du devoir de la classe politique Française vis-à-vis de celle-ci pour enfin apporter aux combattants Africains et leurs descendants cette reconnaissance dont nous avons besoin.
Parce que notre intégration dans ce pays d'accueil passe également par la reconnaissance de cette mémoire, qui faute de l'entretenir rentre dans l'oubli alors qu'elle est la raison essentielle de la présence des Africains en France.
Recueillis par Modesto AYIBATIN